Article paru dans la Gazette de la FDAF n° 253 - Novembre 2025
On déteste souvent Pluton comme on déteste le signe du Scorpion. La puissance hors du commun attribuée à cette petite planète est trop souvent incomprise. La notion de mort, de fatalité qui colle à ce petit astre est pourtant le facteur le plus évolutif du système solaire. C’est parce que Pluton exige des transformations radicales, que souvent nous n’avions pas envisagées, « tuant » quelque chose en nous et parfois autour de nous et auquel nous nous accrochions, qu’une peur profonde, viscérale, nous saisit, nous mettant face à ce que nous avions toujours repoussé, refusé, enfoui au fond d’un sac.
C’est cette ignorance du vrai rôle de Pluton et de ce qu’il représente au plus profond de nous, qui enténèbre notre compréhension du principe et de l’enseignement qu’il véhicule.
Pluton est bien le symbole planétaire de ce processus d’évolution. Il est la force motrice, la cause première, le point de référence auquel sont reliés tous les autres facteurs planétaires. On peut donc dire que Pluton est le « noyau », le point de concentration du système solaire, à l’image de l’énergie nucléaire et des engins destructeurs nés de cette découverte.
Mais plus encore, comme le dit l’astrologue américain Jeff Green : « Pluton représente la structure de l’âme, il est le symbole astrologique de l’âme et de son évolution, depuis le début de ses incarnations ! Pluton représente la transmigration de l’âme et les personnalités différentes à travers lesquelles elle se manifeste. »
En d’autres termes, Pluton est comme le disque dur où tout est contenu de nos incarnations, de la première aux plus récentes. Il est comme le gardien de notre âme.
A un certain niveau, le système solaire entier est un comme un réservoir, la mémoire de nos vies antérieures. Chaque individu ayant déjà vécu un certain nombre d’incarnations, c’est Pluton qui « condense » le vécu de ces incarnations, depuis le début ! Mais chaque planète est aussi comme une mémoire de ce que nous avons vécu auparavant.
Les deux luminaires représentent l’esprit et l’âme, le feu et l’eau, le noyau et l’enveloppe qui donnent vie à notre corps de matière « dense », notre corps physique. Le Soleil représente notre esprit, notre noyau, seul élément hors de la matière, du périssable. Symbole de l’esprit, le soleil est donc éternel. La Lune est l’élément sensible et mouvant : c’est notre âme, qui évolue au fil des incarnations et se charge d’une mémoire émotionnelle.
De Mercure à Pluton, existe également une « mémoire » qui part des plus récentes expériences (Mercure) pour arriver aux plus anciennes (Pluton). Les cercles formés par les planètes autour du Soleil représentent en quelque sorte les différentes couches de notre conscience.
Pluton condense ainsi tous les combats que nous avons gagnés ou perdus dans l’utilisation de la force qui nous était donnée pour affronter les épreuves rencontrées au fil des incarnations. Mais Pluton est aussi la ligne de résistance au changement, c’est-à-dire à l’inconnu. Et c’est cette résistance au changement qui provoque des expériences traumatisantes, violentes, qui font souffrir l’être humain. Prendre conscience de ses schémas sécuritaires (liés au passé) est donc la première chose à amener sur le plan conscient de chaque individu.
Si nous sommes encore ici, sur terre, après des centaines, voire des milliers d’incarnations, c’est que nous avons toujours, à différents moments, plus ou moins refusé d’évoluer dans le sens de la Loi. Nous avons résisté au changement ; nous avons résisté à l’exigence d’évolution dans le sens des lois de la Création, en repoussant sans cesse les appels à la transformation qui nous étaient offerts à travers nos expériences terrestres. En effet la finalité pour nous, esprits humains, est de mûrir dans la matière, incarnés sur terre, pour pouvoir, à la fin du cycle d’évolution, remonter auto-conscients dans les sphères lumineuses dont nous sommes partis en tant que germes d’esprit « inconscients ».
Mais qu’est-ce qui nous empêche de nous libérer de nos penchants, de nos névroses, de notre face sombre, si ce n’est ce que Carl-Gustav Jung nommait : « L’OMBRE » !
L’Ombre n’est pas symbolisée uniquement par Pluton. Elle se trouve dans tout ce qui rattache l’individu au passé : Saturne, Lune Noire, l’Axe Nodal, les interceptions, les planètes rétrogrades… Néanmoins, Pluton, en cette période de fin de cycle, condense, en quelque sorte, la totalité de notre Ombre, celle qui est cachée, celle qui résiste et qui fuit la Lumière par tous les moyens.
L’Ombre est une notion très importante qui a été très largement développée dans les écrits de C.G. Jung. En réalité, cette Ombre représente en grande partie les bas-fonds de l’âme, tout ce que l’être a construit en-dehors de la Loi. Tous les malheurs de l’humanité viennent du refus de suivre le mouvement de la Loi qui l’enserre. Pour nous, esprits humains incarnés sur terre, c’est notre faculté de libre-arbitre qui nous permet de nous écarter des chemins tracés par la Loi. C’est cette faculté, ce legs sacré donné par le Créateur, que l’on peut nommer également libre vouloir ou libre résolution, qui permet à l’esprit humain incarné sur terre, de choisir : construire ou détruire, vouloir le bien ou vouloir le mal, aimer ou haïr, aspirer à la Lumière ou aspirer aux ténèbres ! Ce que l’on appelle communément le sens moral représente précisément l’aspiration de l’esprit à tout ce qui est beau et noble et qui élève immanquablement vers la Lumière. Le sens moral disparaît lorsque l’être humain est devenu entièrement dépendant de son Ombre, lorsqu’il a emmuré son esprit et que celui-ci ne peut plus s’exprimer à travers sa personnalité terrestre.
Jung écrivait dans son livre « Les racines de la conscience » : « … On pense d’ordinaire que celui qui descend dans l’inconscient parvient dans l’angoissante étroitesse d’une subjectivité égocentrique et se trouve, dans ce cul-de-sac, livré à l’assaut de toutes les bêtes mauvaises qu’abrite la caverne des bas-fonds de l’âme… »
L’ombre est comme une eau sale qu’il nous faut impérativement purifier et rendre limpide. L’ombre peut prendre beaucoup de place, beaucoup trop parfois, au point que toute la personnalité d’un individu s’en trouvera obscurcie, polluée par ces refoulements, par tout ce que l’être n’a pas voulu voir en face et combattre, et qui maintenant l’enchaîne à la matière. L’ombre ne doit jamais prendre le contrôle, au risque de voir l’être s’emmurer dans une personnalité psychiquement malade, envieuse, méchante, violente, destructrice, ténébreuse, inapte à vivre en société … Combien d’êtres semblent au premier abord « normaux », mais sont en réalité dirigés par leur inconscient, par leur ombre ! Combien d’affaires de meurtres sordides voit-on aux actualités où des personnes apparemment « normales » se révèlent être des prédateurs, des monstres sans conscience et sans remords… Et l’entourage de dire « il avait l’air pourtant si gentil ». Notre manque de discernement, d’intuition, de lucidité nous joue trop souvent des tours et nous entraîne malheureusement vers un monde chaotique où nous ne sommes plus capables d’appréhender les motivations profondes de l’humanité.
Pourtant, l’ombre n’est pas qu’entièrement ténébreuse, elle aussi immaturité ! Jung écrit à ce sujet dans son ouvrage « Psychologie et Religion » (Édition 1950) :
« … Si les tendances refoulées de l’ombre n’étaient que mauvaises, il n’y aurait pas de problème du tout. Or, l’ombre est en règle générale seulement quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. Elle contient même certaines qualités enfantines ou primitives qui pourraient dans une certaine mesure raviver et embellir l’existence humaine … »
Mais l’immaturité, cette qualité enfantine ou primitive que met en avant Jung n’est-elle pas la preuve que l’être n’a pas suivi le chemin de loi qui lui permet de devenir spirituellement adulte et responsable, individué ? Ce qui est inadapté n’est-il pas ce qui est issu de l’ombre, tels ce que l’on nomme les complexes psychologiques ?
A ce propos, Jung écrit également : « (Le complexe) paraît être un processus autonome qui s’impose à la conscience. C’est comme si le complexe était un être autonome capable d’intervenir dans les intentions de l’ego. En effet, les complexes se comportent comme des personnalités secondaires ou partielles qui possèdent une vie mentale propre… » N’est-ce pas ce que nous entendons par « démon » ?
Sur ce point, la mythologie grecque contient beaucoup d’enseignements, riches de sens et de symbolique, à condition de transposer l’histoire antique des dieux pour en saisir la réalité spirituelle. Les seuls monstres que nous sommes susceptibles de rencontrer dans le royaume d’Hadès, l’Au-Delà, sont ceux que nous générons nous-mêmes et à qui nous donnons un pouvoir terrifiant, en les alimentant par nos pensées et par nos pulsions perverses. Les créatures chthoniennes, Les Erinyes (les furies nommées Alecto, Tisiphone et Mégère), qui peuplent le royaume d’Hadès, ne sont en réalité que nos démons qui prennent forme par notre vouloir erroné, car contraire à la Loi. L’Ombre décrite par Jung correspond à ces bêtes mauvaises, ces monstres qu’il nous faut reconnaître, avant de les affronter et de les vaincre.
Mais comment se forme cette Ombre dont nous parlons, comment peut-elle grandir et devenir envahissante au point de pervertir certains individus ?
Il existe un lien particulier entre Mercure (la pensée) et Pluton (les profondeurs). Mercure est la première planète, la plus proche du Soleil, et Pluton est la dernière planète, la plus éloignée. Il y a une signification métaphysique à ce fait astronomique. Dans la mythologie grecque, Hermès/Mercure est le seul dieu à pouvoir visiter les enfers. C’est lui qui assure le passage entre les mondes infernaux et les mondes lumineux : le ciel. Hermès est psychopompe, c’est-à-dire qu’il guide les âmes jusque dans l’au-delà.
Quel lien métaphysique relie Mercure et Pluton ? C’est à partir de Mercure, la pensée, de ce qui émane du cerveau, instrument indispensable pour pouvoir agir dans la matière, que l’âme se crée son ombre. En cela, nous négligeons trop souvent la puissance de la pensée. Car chaque pensée émise produit un effet, ou plus exactement une forme-pensée, qui va nous suivre, adhérer à notre âme et créer ainsi une aura. Cette aura, même si elle se modifie au fil de nos choix et de nos expériences, va nous suivre d’incarnation en incarnation. Bien sûr, à chaque incarnation, nous oublions notre vécu précédent – heureusement pour nous – puisque nous allons former notre cerveau d’enfant dans une nouvelle famille, dans un nouvel environnement où il nous faut tout réapprendre. Nous nous construisons ainsi une nouvelle personnalité. Pourtant, le cerveau va se former d’après notre âme, d’après ce qu’il y a au fond de notre âme. Notre mental va petit à petit s’imprégner de ce que nous sommes véritablement. L’éducation de nos parents ainsi que les conditionnements extérieurs joueront bien sûr un rôle dans le fonctionnement mental qui sera le nôtre, mais notre âme imprimera obligatoirement, plus ou moins fortement, son empreinte dans notre fonctionnement mental et affectif. C’est ce que l’on retrouve en filigrane dans le thème astral de naissance.
Nous sommes loin d’être des pages blanches lorsque nous arrivons dans le corps d’un enfant ! Nos pensées (en lien avec Hermès/Mercure) fabriquent effectivement ce qui va nous suivre jusque dans le royaume d’Hadès/Pluton. Tout au long de nos incarnations, rien ne se perd de ce que nous formons par nos pensées, qui vont alimenter ce qui finira par former le fond de notre âme.
Pluton représentant l’ombre la plus enfouie et la plus invisible, parce que la plus ancienne, c’est cette boue croupissant au fond de l’eau, qui empêche la lumière d’éclairer l’esprit. L’esprit, lui, n’est jamais entaché, car il est et reste toujours pur…Il n’appartient pas au monde matériel ! Ce sont uniquement les enveloppes, celles que nous endossons lors de nos incarnations successives qui se souillent de nos écarts, de nos désirs égoïstes et pervertis… En définitive, seule l’âme se charge d’un poids qui va petit à petit la clouer au sol et l’empêcher de vivre librement. La liberté étant une notion avant tout spirituelle et non terrestre, se rendre libre signifie s’affranchir de tous les penchants qui nous lient à la matière et nous empêchent de nous élever.
A l’heure où Pluton entre en Verseau, signe lié au Saint Esprit, à l’Esprit de Vérité, ou encore à l’Esprit de Justice, comme je l’ai écrit dans mon article précédent « L’Astrologie face à l’avènement de l’Ère du Verseau », il est urgent pour chacun(e) de reconnaître et de combattre l’ombre tapie au fond de son âme. Pluton (Hadès), est maître des Enfers, mais l’Enfer est aussi le lieu du Jugement.
Dans l’Évangile de Luc (12/2-3), Jésus dit à ses disciples : « Il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu. C’est pourquoi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu dans la Lumière, et ce que vous aurez dit à l’oreille dans les chambres sera proclamé sur les toits… » Cette parabole met directement en lumière le fait que l’Ombre de chaque individu doit un jour apparaître au grand jour. C’est en vérité ce qui est en train de se passer dans nos sociétés malades qui se dirigent de toute évidence vers une impasse, faute de repères spirituels. Notre Ombre, ce qui est caché au fond de notre âme, représentée par Pluton, est petit à petit amenée à se dévoiler. Mais ce dévoilement est salutaire, car il représente la possibilité pour chacun (e) de se libérer du passé, de ce qui l’entrave (souvent depuis longtemps) et le fait souffrir.
L’Apocalypse de Saint Jean, dernier chapitre clôturant la Bible, nous parle de ce dévoilement, qui correspond à un processus naturel. Le mot « Apocalypse » signifie Dévoilement ou Révélation. Ce processus est celui du Jugement Dernier, qui clôture le grand cycle de la Création et qui doit trier le pur de l’impur, l’ombre de la lumière. Chacun sera jugé d’après l’Ombre qui reste au fond de lui. C’est pour cela qu’il nous faut combattre notre Ombre, celle qui, tapie au fond de notre âme, nous empêche de nous libérer et donc de nous tenir debout, dans la dignité, empli d’espoir, de lumière et de joie.
Jung avait bien perçu l’importance de l’Ombre dans l’être humain et de la nécessité de la combattre pour se libérer de ses complexes, de ses névroses, et finalement de ses souffrances. Comme d’autres chercheurs, Jung n’a cependant pas entièrement reconnu le processus de la réincarnation, ce qui, à mon sens, l’a empêché d’aller plus loin dans la compréhension de la structure de l’âme de l’esprit humain incarné sur la terre.
Le principe de la réincarnation représente la loi qui permet de comprendre d’où nous venons, comment nous nous sommes construits et quel chemin nous devons emprunter pour nous rendre libres et pleinement auto-conscients (individués comme le disait Jung). Aujourd’hui, l’Ombre jungienne est principalement ancrée dans notre Pluton natal. Il est donc primordial de décoder ce que représente notre Pluton personnel, en analysant sa position en signe et maison, ainsi que les aspects formés avec les planètes et autres facteurs du thème de naissance. C’est immanquablement ce qui nous aidera à comprendre ce qui nous retient à la matière, ce qui nous empêche de dissoudre cette ombre qui obscurcit notre regard et nous écarte sans cesse du chemin qui mène vers la Lumière et la Vie.